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Evasion Marche en Roussillon 23 au 26 mai  -  par Marche EVASION

VISAGES ET PAYSAGES

Une image ne figure pas sur l’album de photos, au demeurant fort réussies et significatives de ces randonnées sur les chemins de la «Côte Vermeille» et des « Albères». Et pourtant, elle est gravée, malgré sa fugacité, dans tous les esprits et les cœurs des marcheurs du Roussillon, tant elle résume et évoque les paysages et la nature observés, l’ambiance et l’état d’esprit qui marquèrent ce séjour. Cette image est celle de Joseph et de René, sur les hauteurs de Collioure, dix minutes après notre départ pour Séméac. Ils avaient arrêté leur véhicule pour nous dire «Au revoir». En moins d’une seconde – nous roulions – nous avons perçu, à travers le mouvement de leurs mains tout en retenu et affectueux, leur sourire heureux et contrit, la générosité et la malice du catalan, l’altérité pudique de l’homme des Corbières, l’un et l’autre indissociablement unis dans ce geste d’amitié vraie.

A les ausculter au plus près, débarrassé des scories qui polluent les environnements naturel et humain, le Roussillon, comme chaque région de France et du monde, révèle l’authenticité de son terroir, de sa constitution et de son évolution, de son histoire,  écrites et faites par les femmes et les hommes de ces territoires.

Imaginons ce Roussillon à travers la photo 68 et superposons ces deux visages et leurs expressions à la mer que nous avons côtoyée, à la garrigue que nous avons traversée, aux senteurs que nous avons inhalées, aux vignes que nous avons longées.

Port Vendres se réveille, presque lascivement, les plaisanciers n’ont pas encore quitté leur cabine ou n’ont pas encore rejoint leur embarcation, le port de commerce fruitier s’agitera dans la matinée. Là-haut, au fort Béar, pas de bruits entendus, pas de treillis en vue ; mais, prudence, ils guettent et les rafales d’armes automatiques claqueront plus tard. La côte étend son bras pour que le cap Béar puisse mieux surveiller le trafic maritime.. Le festival des couleurs enchantent les regards : le bleu de la Méditerranée prolonge celui du ciel catalan plus doux en cette fin du mois de mai, se « moutonne» légèrement lorsque le vent de la mer se lève dans l’après-midi, le rose et le blanc des cistes calme l’ardeur du jaune vif des genêts, quelques fleurs naissantes et discrètes des figuiers de barbarie, d’un jeune rouge se dévoilent timidement. Simultanément, un bouquet miellé, sucré s’installera dans les narines, porté par la brise marine.

Les anses de Paulilles accueillent, ce matin les caresses des vagues qu’une dizaine de véliplanchistes tentent d’utiliser…en vain… il leur faudra ramer. L’aménagement, réussi, du site par le département – l’usine de poudres et explosifs qui était  le moteur économique du secteur a fermé voilà une cinquantaine d’année – a sauvé des mains des promoteurs immobiliers cette côte qui n’aurait plus été «vermeille». On aperçoit, plus loin, Banyuls, cité du sculpteur Mayol, son laboratoire Arago qui présente de nombreuses espèces de la gent aquatique, dont certaines vivent dans le domaine maritime banyulenque protégé.

Mais déjà, sous la vigilance de la tour Madeloc, la garrigue cède sa place à la vigne. Et quelle vigne ! Une vigne qui n’existe, ici peut-être plus qu’ailleurs, que par le travail incessant de l’homme. Il a fallu construire des espaliers - ces petits murets qui réduisent la pente -, des rigoles en pierres pour canaliser l’eau par temps de pluie et de gros orages. Et les ceps bas et noueux, enracinés dans le schiste, contraignent les dos des vendangeurs. Le terroir, les cépages, l’air marin et le soleil font le reste : le «Banyuls», vin doux naturel, que certains viticulteurs continuent de vieillir dans des bonbonnes en verre de  cinquante litres exposées en pleine nature, à déguster en apéritif, sur du foie gras, avec du chocolat (noir, bien sûr !) et même en accompagnement d’un havane ; le «Collioure», rouge ou rosé, à servir avec des viandes rouges pour le premier, le second étant réservé pour les soirées d’été plus…ludiques.(1)

Collioure complète la trilogie des cités phares de la «Côte Vermeille». Elle fut donc la dernière étape de nos randonnées. Qui ne connaît pas Collioure, le Saint-Tropez catalan aux dire de certains ? Ne nous attardons pas sur son aspect «blin-blin». S’il elle l’est devenue, c’est qu’elle fut le village de peintres célèbres qui la choisirent, tout comme Céret avec son musée d’art moderne (2), pour la beauté de ces paysages, des couleurs qui inspirèrent leurs palettes. Et ça, c’est authentique ! Comme l’est son histoire qui se mêle à celle du Roussillon. Une histoire de conflits et de guerres entre l’Espagne et la France, pour des territoires et des frontières (3). Mais les frontières ne sont pas des murs étanches. Ce sont aussi des lieux de rencontres, d’échanges entre les hommes et les femmes. Le Roussillon, que d’aucuns appellent «le Catalogne nord» n’échappe pas à la règle. Collioure, avec son château royal passé entre les mains des rois de Majorque, d’Aragon, de Castille, d’Espagne, venu dans le giron français appartient à cette histoire erratique, convulsive et riche à la fois. Collioure où se réfugia et mourut le poète espagnol Antonio Machado qui fuyait la dictature franquiste. A quelques kilomètres de là, Argelès sur mer, où plus de 200 000  républicains espagnols, lors de la «Retirada», furent parqués, dès 1939, dans ce qui allait devenir un camp de concentration.  Ainsi va l’Histoire, avec ses heures sombres et ses moments de gloire, histoire que nous continuons d’écrire.

Les sentiers, même côtiers, du Roussillon sont escarpés. Ils sollicitent le mollet… C’est bien normal, puisque c’est là que la partie orientale des Pyrénées plonge dans la Méditerranée. Ah, pardon Joseph, j’aurais dû dire «les Albères» ! Car c’est bien ainsi que vous dénommez cette montagne. Alors, pas de polémique sémantique entre nous ! D’ailleurs, nous y avons fait une incursion. Exactement au «puig Castella» qui domine Le Boulou, ouvre la perspective sur Céret et le Vallespir, «s’échancre» sur l’Espagne, via le Perthus et le fort de Bellegarde. Une fois de plus et avec un plaisir renouvelé notre odorat s’est chargé de ces fragrances douces et persistantes des genêts et des cistes. Et comme une coquetterie,  certains troncs des chênes lièges s’étaient dévêtus à l’approche de la belle saison, d’autres s’étaient rhabillés depuis l’automne dernier. C’est que, malgré quelques négociants faussement béotiens et quelque peu cupides, on continue d’utiliser le liège, notamment pour boucher les bouteilles de «Banyuls», «Collioure», «Corbières», «Minervois», «Bordeaux», «Bourgogne», «Madiran», «Saint-Mont», etc…

J’ai vu, j’ai imaginé tout cela à travers les expressions des visages de Joseph et de René. Vous aussi, peut-être. Mais j’ai également observé ceux des marcheurs, j’ai écouté, senti, deviné. Et j’ai apprécié. J’ai apprécié ce plaisir de découvrir, d’être ensemble, de partager les efforts, les difficultés, les plaisirs. Comme ce repas catalan (avec l’excellente « escalivade »), dégoté par Françoise Vidal et à la fin duquel certaines «gazelles» se saisirent du «porro» et burent à  gorge déployée un breuvage dont les catalans ont le secret. Réussir cette vie en communauté  n’est pas évident quand on est un groupe aussi nombreux. Les personnalités affirmées – que révèlent nos cartes d’identité – ont constitué une richesse. Et dans ce monde d’agressivité et de violence, cela nous donne des raisons d’espérer.

Pour ce séjour accompli – au cours duquel notre ami Michel et son épouse Colette étaient présents dans nos pensées - merci à Françoise, Joseph et René, merci à  vous toutes et à tous.

 

Tarbes le 28 mai 2016

            Bernard Bessou

  1. Pour des informations complémentaires, s’adresser à Bernard, le caviste.
  2. Chagall, Duffy, Herbin, Jacob, Maragall, Masson, Miro, Pignon firent plusieurs séjours  à Céret et à Collioure.
  3. Cf. le mémo «En guise d’une mise en route pour le Roussillon».

 

Publié le 29/05/2016 @ 16:14  
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